Trois buts. Zéro encaissé. Une soirée qui, il y a encore une semaine, semblait presque impossible à imaginer.
À Harrison, dans le New Jersey, le CF Montréal n’a pas seulement battu les Red Bulls. Il a réécrit le récit de son début de saison. Après deux corrections sévères et huit buts encaissés, cette victoire 3-0 ressemble moins à un simple rebond qu’à la première manifestation concrète du projet que Marco Donadel tente d’installer.
Pour la première fois en 2026, Montréal a ressemblé à une équipe cohérente.
Un contexte qui alourdissait chaque minute
Avant le coup d’envoi, l’atmosphère autour du club était lourde. Deux matchs, deux défaites, aucun but marqué et une impression persistante de désorganisation tactique. En face, les Red Bulls arrivaient lancés, avec deux victoires pour ouvrir la saison et un pressing déjà fidèle à l’ADN du club. Sous la direction de Michael Bradley, New York cherchait une troisième victoire consécutive, ce qui aurait été une première dans son histoire récente.
Le décor semblait donc écrit : pression intense, domination territoriale new-yorkaise, Montréal en résistance. Une partie de ce scénario s’est effectivement réalisée. Mais pas la conclusion.
Une défense à cinq qui change tout
La première rupture se situe dans le choix tactique. Donadel abandonne les structures précédentes pour installer un système hybride, oscillant entre 5-4-1 et 3-4-2-1.
Sur phase défensive, Montréal coulisse en ligne de cinq compacte. Morales occupe l’axe central, Avilés et Vera ferment les demi-espaces, tandis que Thórhallsson et Petrasso jouent les pistons avec un rôle clair : fermer les couloirs sans abandonner les transitions. Le résultat est immédiat. New York conserve la possession avec environ deux tiers du ballon mais ses circuits habituels perdent de leur tranchant. Les renversements vers Cowell ou Ruvalcaba trouvent moins souvent de profondeur. Les appels dans l’axe se heurtent à une ligne défensive plus dense. La différence avec les matchs précédents saute aux yeux : Montréal ne court plus après le chaos. Il l’encadre.
Une transition offensive enfin lisible
L’autre évolution majeure concerne la manière dont Montréal sort de la pression. Lors des deux premières journées, la récupération s’accompagnait presque toujours d’une passe verticale précipitée. Ici, les sorties sont plus patientes. Carmona et Jaime servent de relais intermédiaires, permettant de stabiliser la première phase avant de chercher Owusu en point d’appui.
Les pistons interviennent dans un timing plus maîtrisé. Ils arrivent pour étirer le bloc adverse, pas avant la récupération. Cette nuance transforme les transitions montréalaises. Elles ne sont plus improvisées. Elles deviennent structurées.
Le troisième but illustre parfaitement cette logique : pressing déclenché au bon moment par Carmona, récupération haute sur une erreur d’Horvath, puis sang-froid dans la surface. Un geste simple, mais révélateur d’un pressing devenu ciblé plutôt que frénétique.
Carmona et Jaime, premiers repères créatifs
Cette victoire installe surtout un duo qui pourrait devenir central dans le projet offensif du club : Wikelman Carmona et Iván Jaime.
Jaime joue un rôle discret mais déterminant. C’est lui qui provoque le penalty dès la huitième minute en attaquant l’espace entre les défenseurs centraux new-yorkais. Ensuite, son travail consiste à offrir des sorties propres sous pression, fixer entre les lignes et ralentir le tempo quand le bloc doit respirer.
Carmona, lui, se charge des moments décisifs. Il marque d’abord sur coup franc juste avant la pause, avec une trajectoire tendue que la défense des Red Bulls lit mal. Puis il scelle le match sur une récupération haute suivie d’une finition clinique. Deux buts, mais surtout une présence constante dans les zones dangereuses.
La complémentarité entre les deux est évidente : Jaime organise les séquences, Carmona les conclut. Pour la première fois de la saison, Montréal possède une relation offensive identifiable.
Gillier et la défense : une relation enfin équilibrée
Lors des deux premières journées, Thomas Gillier avait été l’homme qui limitait les dégâts. À New York, il devient le gardien d’un système qui fonctionne. Il réalise cinq arrêts, mais beaucoup moins spectaculaires que ceux des matchs précédents. La différence est subtile mais fondamentale : la ligne à cinq filtre davantage les situations dangereuses.
Les tirs adverses proviennent plus souvent de zones éloignées ou d’angles difficiles. Gillier n’est plus en permanence dans une posture de sauvetage. Il fait partie d’un mécanisme collectif qui réduit l’exposition de la surface. C’est peut-être l’évolution la plus significative du match.
Le débat toujours ouvert au milieu
Tout n’est pas réglé pour autant. Le milieu de terrain reste un chantier. Le duo Longstaff–Loturi apporte du volume et de la couverture, mais peine encore à imprimer une vraie signature dans la construction. Dans ce système, ils devraient être les moteurs des transitions. En pratique, cette responsabilité glisse souvent vers Jaime ou vers les pistons.
Samuel Piette, entré en fin de rencontre, apporte immédiatement de la stabilité et de la gestion du tempo. Sa présence pose une question inévitable : quelle sera sa place dans cette structure à moyen terme ? Ce débat n’est pas seulement tactique. Il touche aussi à la hiérarchie et au leadership du vestiaire.
Ce que cette victoire change réellement
Un match ne suffit pas à transformer une saison. Mais certains résultats redéfinissent la conversation autour d’une équipe. Celui-ci en fait partie. Sur le plan mental, marquer dès la huitième minute libère un groupe qui portait le poids de ses statistiques offensives. Défendre ensuite ce 3-0 avec rigueur révèle une volonté de reconstruction basée sur la solidité.
Sur le plan tactique, la ligne à cinq offre enfin un cadre stable à l’idée de jeu de Donadel : agressivité sans ballon, transitions rapides, pressing déclenché avec discernement. Et sur le plan symbolique, gagner largement sur un terrain historiquement difficile redonne une dose de confiance à un vestiaire et à une base de supporters qui commençaient à douter.
Le CF Montréal n’est pas soudainement devenu un prétendant. Mais à New York, il a montré pour la première fois à quoi pourrait ressembler sa version fonctionnelle : une équipe capable d’accepter de souffrir sans ballon, de choisir ses moments pour presser, et de transformer chaque récupération en opportunité claire vers l’avant.
Après deux semaines de chaos, cela ressemble déjà à un début de direction.



