David Sauvry : d’un banc à l’autre, l’itinéraire d’un coach québécois de cœur

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David Sauvry alors sous les couleurs du CF Montréal

Il est 4 h 20 de l’après-midi en Belgique quand la caméra s’allume. David Sauvry sourit, un peu fatigué, mais clairement heureux d’être là. Le décor est simple : une chambre d’hôtel, quelques ombres sur le mur. L’histoire, elle, est beaucoup plus vaste.
Parce qu’au bout de la ligne, il y a un type de 34 ans qui a traversé des continents pour un sport qui ne lui a jamais rendu la vie facile. Et pourtant, il est encore là. Encore debout. Encore passionné.

« C’est un plaisir, vraiment », dit-il d’entrée de jeu. On sent que ce n’est pas une formule. Cette rencontre-là, il l’attendait. Montréal aussi.

Grandir dans le foot, mais ailleurs

David est né à Beaune petite commune française pas loin Dijon. Une région de foot, de rivalités locales, d’éducateurs exigeants. Il joue, progresse, puis à 17 ans, tout bascule. « Je me fais les croisés… » dit-il sans drame. Ce jour-là, son coach lui propose de rester près du terrain, d’aider les plus jeunes, de garder le ballon dans sa vie.
Et c’est là que tout commence.

« J’ai pris goût au coaching tout de suite. Je prenais du plaisir à enseigner. »
Il découvre qu’il préfère transmettre. Qu’il est mieux là, sur le côté, dans l’ombre.
Cette blessure, au lieu d’un arrêt, devient un pivot.

Du Celtic au California Dream

Son histoire québécoise commence par hasard. Des vacances à Montréal. Un contact au Celtic. Une connexion immédiate.
« Ils m’ont proposé de venir coacher. Ça s’est fait comme ça. »

Ce qu’il raconte ensuite surprend souvent ceux qui pensent encore que le Québec est un “petit marché” :
« Les clubs amateurs ici sont très organisés. Beaucoup plus que certains clubs régionaux en France. »

Il se forme, progresse, grimpe. Directeur technique. Coach en PLSQ. Puis une porte qui ne se présente qu’une fois dans une vie.

Yoann Damet, ancien de Saint-Jean, l’appelle depuis Los Angeles.
« Il part être entraîneur-chef de la réserve du Galaxy… et il m’emmène avec lui. »

Un choc culturel. Linguistique. Footballistique.
Mais aussi une confirmation : il a sa place.

« C’était ma première expérience pro. Je pouvais pas rêver mieux. »

Dans cet effectif USL, il côtoie des jeunes qui passeront en Europe, des vétérans exigeants, et un staff qui lui fait confiance. Malgré son accent. Malgré son parcours atypique. Malgré son syndrome de l’imposteur.

CF Montréal : grandir à travers les défis

Quand il revient à Montréal, c’est pour la maison. Pour le club qui l’a vu devenir un coach adulte.
Il entre dans le staff de l’équipe première. Il découvre la MLS “pour vrai”, ses voyages, ses nuits courtes, ses styles de jeu multiples.
« La MLS, c’est riche tactiquement. Tu joues jamais la même équipe. »

Il raconte Atlanta devant 70 000 personnes. Cincinnati et son ambiance électrique. Les retours d’avion à 3 h du matin.
Il ne se plaint pas, mais il décrit une vérité que peu connaissent :
« Les déplacements sont durs. Tu dors peu, tu rejoues vite. C’est exigeant pour les organismes. »

À Montréal, il passe aussi deux fois entraîneur-chef par intérim. Une expérience intense.
« J’ai trouvé ça cool parce qu’il parle de foot », dira à son sujet un journaliste.
Et David sourit lorsqu’il explique pourquoi :
« Le club m’a dit : en conférence de presse, sois toi-même. »

Le saut belge : une nouvelle vérité

Son arrivée en Belgique n’était pas planifiée. Pas un “move de carrière” calculé.
« C’était pas programmé de sortir de la MLS. Mais j’avais envie de voir autre chose. »

Il rejoint le FC Dender, lanterne rouge d’une D1 belge qui ne pardonne rien.
Bien plus que la MLS, ici, un point peut sauver un club. Un match peut coûter une carrière.

Il raconte son premier vrai choc :
« À 0-0, le stade poussait. Mais quand on a marqué… j’ai senti la pression basculer contre eux. »
L’adversaire joue mal. Les tribunes grondent.
Dix minutes plus tard, un but.
Neunante minutes plus tard… l’entraîneur adverse est viré.

« Ouais. Ça, je l’avais jamais vécu. »

Le sourire disparaît un instant. Ce n’est pas de la peur. Plutôt du respect pour la densité émotionnelle d’un football structuré par la promotion-relégation.

Scouting, adaptation et apprentissage

En Belgique, il doit tout réapprendre : les joueurs, les profils, les styles, les clubs.
« Je connaissais presque personne. Là, je développe un autre œil. Je dois découvrir les effectifs de A à Z. »

La progression est là. Mais il refuse de dire que le championnat belge est “au-dessus” de la MLS.
« Chaque ligue a ses spécificités. L’Europe, c’est différent. Mais la MLS, c’est un championnat de très haut niveau. Je vois ça comme un complément. »

Un discours rare. Humble. Lucide.

Transmission : ce qu’il veut laisser

Quand on lui demande un message pour les jeunes coachs du Québec, il hésite.
Il n’aime pas donner des leçons.
Puis il finit par lâcher quelque chose de vrai, de simple, à son image :

« Si 80-90 % du temps tu as envie d’aller à l’entraînement, c’est que tu es dans le bon chemin.
Si c’est l’inverse… peut-être qu’il faut faire autre chose. »

Puis il ajoute :
« J’ai tout fait avec passion. Toujours. Et j’ai eu des gens qui m’ont fait confiance. Sans Yoann, je suis pas là. »

On lui répond que la confiance se mérite. Son regard est franc. On sait qu’il le sait.

Une dernière vérité, plus grande que le foot

Cette rencontre raconte le parcours d’un coach. Mais derrière David Sauvry, il y a un thème plus vaste : la façon dont le Québec produit et accompagne ses talents.

David a fait sa carrière ici. Il est devenu coach ici.
Il parle du Québec comme de sa maison.
Son passage en Belgique n’efface rien : il est un produit de notre foot local.
Un symbole silencieux de ce que le soccer québécois peut fabriquer quand il croit en ses propres gens.

Et au moment où la province cherche son identité soccer avant 2026, son histoire pose une question simple, mais essentielle :

Combien d’autres “David Sauvry” dort-on encore, faute de leur offrir un chemin clair, structuré, ambitieux ?

Le futur du foot québécois ne se jouera peut-être pas seulement sur le terrain.
Il se jouera dans la capacité à reconnaître ceux qui, depuis les petits terrains jusqu’aux bancs pros, portent la flamme sans jamais chercher les caméras.

David en fait partie.