Philippe Eulafroy, l’homme de la transition au CF Montréal

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Philippe Eulafroy, l’homme de la transition au CF Montréal

Quand Philippe Eulafroy parle de développement, il ne le fait pas à la légère. L’adjoint de Marco Donadel au CF Montréal, revenu au club plus d’une décennie après un premier passage, a une mission bien claire : bâtir un pont solide entre la jeunesse et le haut niveau.

« Ma spécificité, explique-t-il, c’est de créer des plans de développement individuel pour les joueurs, et plus particulièrement pour les jeunes en fin de formation. Je me concentre sur eux, j’individualise leur progression pour qu’ils soient les plus performants possibles pour Marco. »

Dans un club où l’absence d’une équipe réserve rallonge le chemin entre l’académie et la MLS, son rôle devient stratégique. Montréal regorge de jeunes talents formés localement ou arrivés récemment, mais tous ne peuvent pas encore prétendre à des minutes dans l’élite. Pour Eulafroy, ce vide doit être comblé autrement.

“Leur match, c’est l’entraînement”

« Pour qu’un joueur se développe, il doit jouer, reconnaît-il. À défaut de minutes en match, leurs matchs à eux, ce sont les séances d’entraînement. »

Sa méthode repose sur trois piliers : un suivi individualisé quotidien, des feedbacks « en live » pendant les séances, et, lorsque possible, la recherche de matchs hors concours pour maintenir le rythme compétitif. Eulafroy parle même d’un supplément de 30 à 40% de charge d’entraînement pour certains joueurs en quête de minutes.

Cette approche s’inscrit dans une logique claire : préparer le futur plutôt que subir le présent. « Ce sont des joueurs qui ne sont pas encore prêts pour un premier match à San Diego, mais mon rôle, c’est de les amener au plus près des partants. »

L’importance du collectif

Dans son discours, la tension entre développement individuel et impératif de résultats est constante. Mais Eulafroy rejette l’idée que les deux soient incompatibles : « Si le collectif est fort, bien huilé, on peut gommer certaines lacunes individuelles. Et avec un groupe jeune, la marge de progression est énorme. »

Cette vision exige une compréhension fine des rythmes d’apprentissage. Pour lui, la “post-formation” se prolonge généralement jusqu’à 21 ou 22 ans, âge moyen auquel un joueur s’installe réellement dans un onze titulaire. « À ce stade, il doit être, au minimum, dans la rotation », pose-t-il.

Le CF Montréal d’hier et d’aujourd’hui

Douze ans après avoir déjà travaillé avec Schällibaum, Eulafroy retrouve un environnement profondément transformé. « Le club a vraiment grandi. Le staff est étoffé, chacun connaît son rôle. À l’époque, on était cinq ou six. Aujourd’hui, on est presque le double. C’est un changement énorme, et pour le mieux. »

Ce retour, confie-t-il, combine autant le rationnel que l’émotionnel : « J’ai vécu 30% de la vie de ce club. C’est difficile de dire non à une institution qui fait partie de ton histoire. Et puis, ma famille est toujours restée à Montréal. »

Suivre la progression du soccer québécois

Eulafroy n’a jamais perdu de vue le paysage local. Ancien acteur du développement provincial, il suit avec intérêt la montée en puissance du soccer québécois : « Voir le Supra arriver avec un projet 100% local, c’est une excellente nouvelle. Il faudra maintenant voir si c’est un cycle générationnel ou le signe d’un système solide et durable. »

Il salue également les réformes de la Fédération du Québec, qui a instauré la nouvelle structure Ligue 1, 2 et 3 pour remplacer la PLSQ. « Ça va dynamiser le bassin de joueurs et maintenir la compétitivité. »

Alors que le CF Montréal se prépare à une saison lancée par six matchs sur la route, Eulafroy prône la patience et la rigueur : « On veut des résultats, évidemment, mais la clé, c’est la progression rapide et collective. Les deux peuvent aller ensemble. »

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